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Les corbeaux saliveurs





















 





"L'Écorcobaliseur a disparu. La dernière fois qu'on l'a vu, il se promenait dans le port de Menfrez avec, au bout du bras, la tête ensanglantée de son frère."

C'est ainsi que s'ouvre L'Écorcobaliseur, le premier roman au nom imprononçable de Bérengère Cournut, paru aux éditions Attila. On ne se risquera pas ici à résumer l'intrigue que laisse supposer les premières lignes. Il suffira de savoir que l'Écorcobaliseur a un frère, l'Anicétonque, et une soeur, l'Isandreline, que les trois étaient jusque là indissociables et complémentaires, et que cette union leur est indispensable pour faire face à l'absence d'un père, d'un vide, d'un manque originel.

On est ici à mille lieues marines des travers habituels d'un premier roman. Pas de récit de rupture amoureuse ni de passage initiatique d'un "je" nombriliste. Encore plus rare, pas de pose ni de cynisme, comme si l'auteur avait déjà accompli sa mue avant de se lancer dans l'écriture de ce roman. Mais alors?
Alors, quelque part entre la tragédie intemporelle, le roman symbolique et le voyage imaginaire dans une sorte de triangle des Bermudes de la fiction, Cournut réussit à nous entraîner à sa suite dans une course à la compréhension des faits, du vide, du monde et du manque.
L'Écorcobaliseur est un roman liquide. Il y a Menfrez, le port d'attache, et La-Mer, qui est une île sur laquelle des Bédouins ont échoué sans que l'on sache comment. Entre les deux la géographie est incertaine, on pourrait être à la pointe de la Bretagne, aux confins des îles grecques ou dans le labyrinthe du Jutland. Cela n'a pas d'importance, on dérive de toute façon plus qu'on ne navigue, et pour naviguer, on s'en remet à l'étrange capitaine Hermann et à Henric, le marin au long cours.
Il arrive aussi que l'on communique grâce à des bancs de poissons en migration. Les objets les plus inattendus, comme la guillotine alternative, y sont présentés le plus simplement du monde. L'air, l'eau et le sable sont les éléments constituant ce roman aux lointains accents de Henri Michaux (1).




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- L'Écorcobaliseur, de Bérengère Cournut, Paris, éditions Attila, 192 p., 16 euros.

(1) Nous ne sommes pas les seuls à le dire, le Matricule des anges aussi par exemple.




1 commentaire:

edwood a dit…

Bonjour Antoine,

Je découvre avec beaucoup d'intérêt votre blog, suite à la chronique de l'Ecorcobaliseur, que j'ai découverte après une recherche sur le web.

Comme vous, j'ai beaucoup aimé ce roman fabuleux et je dois dire que votre chronique a été très agréable à lire. J'ai jeté un oeil à certains de vos autres billets et j'aime l'esprit rétro et patchwork qui s'en dégagent.

Je vais m'y attarder un peu plus prochainement.
Salutations.